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Bourse Direct a annoncé le 13 octobre 2026 que son service de « prêt de titres » s’ouvre aux PEA, PEA-PME et PEA Jeunes. Le principe : vous autorisez le courtier à prêter vos actions et vos ETF à des institutions financières, et il vous reverse une partie de ce qu’il encaisse. L’idée est séduisante, mais le détail des conditions change beaucoup la lecture. Voici ce que disent les documents du courtier, ce qui est vérifié, et les questions à se poser avant de cocher la case.
Ce que Bourse Direct a annoncé
Selon le communiqué relayé par Boursorama le 13 octobre 2026, le service, déjà ouvert sur le compte-titres ordinaire (CTO), s’étend au PEA. L’activation se fait depuis l’espace client et peut être retirée à tout moment. La rémunération dépend de l’offre et de la demande sur le marché du prêt de titres, et n’est versée que lorsque les titres sont effectivement prêtés. Bourse Direct se présente comme le seul courtier français à proposer ce service : c’est une affirmation du courtier, que nous n’avons pas vérifiée. Un site spécialisé, France Transactions, date l’éligibilité des PEA et PEA-PME du 30 septembre 2026.
Comment ça fonctionne, d’après la page officielle
La page du service précise plusieurs points qui ne figurent pas dans le communiqué :
- Une autorisation globale. La case à cocher (rubrique Profil) porte sur l’ensemble des titres de tous vos comptes chez le courtier : CTO, PEA, PEA-PME et PEA Jeunes. La page ne décrit pas de réglage compte par compte.
- Quels titres. Seuls les actions et ETF cotés sur Euronext Paris, Bruxelles et Amsterdam sont éligibles, hors titres au nominatif et titres servant de couverture au service à règlement différé ou à des positions sur dérivés. Bourse Direct choisit seule les lignes réellement prêtées : tous vos titres ne le sont pas en permanence.
- Durée. Les prêts sont à durée indéterminée. Le courtier ou l’emprunteur peut y mettre fin, et la vente d’un titre prêté met fin au prêt sur cette ligne.
- Suivi. Les lignes prêtées apparaissent dans l’espace client, avec un relevé mensuel. Sans prêt dans le mois, il n’y a ni relevé ni rémunération.
Combien revient réellement à l’épargnant
Selon la même page, Bourse Direct déduit d’abord ses coûts de mise en oeuvre, à hauteur de 60 % des revenus générés. Les 40 % restants sont partagés à parts égales : 20 % pour le client, 20 % pour le courtier. Autrement dit, vous percevez 50 % du revenu net, soit 20 % du revenu brut du prêt.
La page donne des exemples chiffrés, qui sont des illustrations du courtier et non des taux constatés : 1 000 actions à 10 euros avec un taux client de 0,5 % donnent 50 euros par an avant impôt ; 1 000 actions à 25 euros avec 0,25 % donnent 62,50 euros. L’exemple à 5 % est un cas d’école : la page ne dit ni quels titres réels sont concernés, ni quel taux a été observé sur des ETF diversifiés. Le taux dépend de la demande des emprunteurs, titre par titre, et peut être nul. Nous ne connaissons donc aucun rendement réel de ce service et nous n’en citons aucun.
Le point fiscal qui compte pour un PEA
C’est la nuance la plus importante. Le courtier indique que la rémunération du prêt ne constitue pas un revenu éligible au régime fiscal du PEA. Pour des titres prêtés depuis un PEA, elle est donc obligatoirement versée sur votre CTO, soumise à la fiscalité du CTO et intégrée à votre IFU. S’il existe plusieurs CTO, elle est créditée sur le plus ancien. Conséquences pratiques :
- il faut un CTO chez Bourse Direct pour recevoir la rémunération (la page ne décrit pas d’autre mode de versement) ;
- le revenu n’est pas exonéré : l’enveloppe PEA protège les plus-values et dividendes des titres, pas ce revenu de prêt ;
- la page cite un prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Le PFU de référence en 2026 est de 31,4 % (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux, chiffres repris dans l’exposé d’un amendement au projet de loi de finances 2027, et détaillés dans notre guide sur la fiscalité du PEA). Sur l’exemple de 50 euros bruts, cela fait 35 euros à 30 % et 34,30 euros à 31,4 %. Le taux réellement appliqué figurera sur votre IFU : c’est lui qui fait foi.
Pour comparer un PEA et un CTO sur la fiscalité, voir PEA ou compte-titres.
Les risques décrits par le courtier
Le communiqué lui-même précise que les opérations de prêt de titres génèrent un risque lié au défaut de l’emprunteur, que le client reste exposé au risque de marché sur les titres prêtés et que la rémunération n’est pas garantie. Les protections annoncées sur la page :
- un collatéral d’au moins 105 % de la valeur des titres prêtés, réévalué chaque jour, composé exclusivement d’obligations souveraines et supranationales de qualité élevée, conservé par un établissement européen indépendant de l’emprunteur (la page cite Bank of New York Mellon SA/NV) ;
- des contreparties « de premier rang », choisies par le courtier ;
- en cas de défaut de l’emprunteur, un rachat des titres par le courtier avec la valeur du collatéral. La page indique que vous êtes alors assuré de disposer de vos titres, « sauf illiquidité du marché » ;
- un rapatriement des titres avant chaque opération sur titres, pour garder dividendes et droit de vote.
Ce sont les engagements du courtier, rédigés par lui. Nous n’avons pas vu de document tiers (régulateur, audit) qui les confirme. La question qui reste ouverte pour un épargnant est celle du recours en cas de difficulté du courtier lui-même ou d’un marché très perturbé : la page n’en dit pas plus.
Cinq questions à se poser avant d’activer
- Quel montant espérer, en euros ? Sans taux réel publié pour vos lignes, estimez le cas où la rémunération est très faible. Si le gain vous semble trop modeste pour justifier une complexité de plus, la réponse est déjà là.
- Ai-je un CTO ouvert, et suis-je à l’aise avec une ligne fiscale en plus sur l’IFU ? Le revenu suit la fiscalité du CTO, pas celle du PEA.
- Mes ETF sont-ils concernés ? Seules les lignes cotées sur Euronext Paris, Bruxelles ou Amsterdam sont éligibles, et le courtier décide lesquelles sont prêtées. Voir comment choisir ses ETF dans un PEA.
- Cela change-t-il mon choix de courtier ? Les frais, la qualité d’exécution et la garde des titres pèsent plus lourd sur vingt ans qu’un revenu de prêt incertain. Voir le coût caché des courtiers PEA et notre comparatif.
- Puis-je revenir en arrière ? Oui : la page indique que le retrait du consentement est effectif le jour calendaire suivant, et que les prêts en cours sont alors terminés.
Ce qu’il faut retenir
Le prêt de titres dans le PEA est une option, pas un levier de performance. Le revenu n’est pas garanti, il est imposé comme sur un CTO, l’épargnant en reçoit 20 % du brut selon le barème du courtier, et un risque de contrepartie, même encadré par un collatéral, s’ajoute à celui du marché. Il peut avoir du sens pour un épargnant déjà client qui comprend ces conditions ; il ne justifie pas à lui seul de changer de courtier. Si vous l’activez, vérifiez au bout de deux mois le relevé mensuel et le montant net réellement crédité.
Sources
- Bourse Direct, page du service : boursedirect.fr/fr/pret-de-titres (consultée le 17 octobre 2026).
- Communiqué de Bourse Direct du 13 octobre 2026, relayé par Boursorama.
- France Transactions pour la date du 30 septembre 2026.
- Assemblée nationale, amendement I-CF1073 au projet de loi de finances pour 2027, pour le taux de PFU de 31,4 %.
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